Algérie 2020 : des localités sans eau potable à Sétif, Tizi Ouzou, Béjaïa…

Algérie 2020 : des localités sans eau potable à Sétif, Tizi Ouzou, Béjaïa…

Plusieurs localités ont soif en Algérie. C’est une réalité amère à savoir en 2020. Une information un peu «ignominieuse» à donner. Déjà, nous avons du mal à en parler. Cette année, des citoyens algériens ont passé un Aïd sans eau, d’autres ont passé des heures devant des fontaines publiques attendant leur tour pour remplir une bouteille.

En effet, le calvaire des coupures d’électricité et les pénuries d’eau potable se fait sentir de plus en plus dans plusieurs localités d’Algérie notamment en cette terrible canicule. Pis, en plein crise de la pandémie de la CoVid-19.

Si des citoyens ont déjà exprimé leur ras-le-bol, d’autres ont eu «plein le dos » d’implorer leur sort. Car, il faut le dire, les autorités locales ne répondent pas. Pourtant la presse locale a beaucoup parlé dans ses colonnes, de ces lacunes de première nécessité.

«Un Aïd sans eau et sans électricité», écrivait Liberté, «Bouzeguene dans l’obscurité…», ou «Tarik (Béjaïa), un hameau oublié.» par El Watan, «Penuries d’eau à Sétif : le martyre des habitants !», tels sont les quelques titres des journaux locaux traitant de ce problème crucial.

Dans la wilaya de Sétif, les habitants des localités des mechtas de Boudjenada, de Laâlata, de Boumalek, de Rhamna et d’Ouled Lehoua, relevant de la commune de Guelta Zarga, au nord du chef-lieu de la daïra d’El-Eulma, ne cherchent qu’à assouvir leur soif. En l’absence de l’eau, leur vie est compliquée d’avantage.

Ne supportant plus cette souffrance, les comités des villages ont procédé, en ce mois de juillet, à la fermeture des routes pour protester contre le laxisme des autorités locales.

«Cela fait plusieurs mois que nous souffrons du manque d’eau. Nous interpellons le premier responsable de la wilaya, Mohamed Belkateb, pour intervenir afin de mettre fin au calvaire que nous endurons

Extrait d’une déclaration d’un protestataire au quotidien Liberté (09/07/2020)

A Tizi Ouzou, plus de 20 villages sont aussi en quête d’eau potable. La situation dégénère. Il y a moins d’une semaine, des centaines de personnes issues des 19 villages de la commune de Frikat, dans la région de Draâ El-Mizan, ont opté pour la fermeture totale des sièges de l’APC et de la daïra pour réclamer de l’eau.

«Bouzeguene a soif»

C’est l’une des pancartes qui a retenu notre attention : «Bouzeguene a soif» ! Elle a été collée sur le mur du siège de l’algérienne des eaux de Tizi Ouzou, par l’ensemble des comités dudit village. Scandaleux ! Celà ne suffit-il pas pour venir en aide en ce village de plus de 24000 âmes ? Impardonnable !

Une pancarte affichée au mur du siège de l’ade de Tizi Ouzou.

Face à la sourde oreille, les membres des comités de villages de Bouzeguene ont vite passé à l’action. Ils ont aussi pensé aux réseaux sociaux. Ils ont diffusé quelques photos montrant leur ultime revendication : «la fermeture du siège de l’ADE». Pourquoi ? Pour «exiger une solution définitive au problème d’eau qui perdure depuis des années» expliquent les protestations qui ne comptent pas en rester là.

CoVid-19 et «stresse hydrique» !

Les habitants souffraient du manque de ce liquide précieux depuis près de trois ans de celà. Ils ne savaient plus à quel saint se vouer. La situation était presque devenue habituelle. Les citoyens partaient tous s’alimenter des sources naturelles. Hommes, femmes et enfants, les bidons dans les mains, ils parcourent plusieurs kilomètres pour s’approvisionner en eau potable, en cette période de l’épidémie de CoronaVirus. C’est le stress hydrique.

Des protestataires de Bouzeguene devant le siège de l’ADE (photo Facebook).

Mais ils réagissent : «Compte tenu du non-respect des différents engagements pris par tous les responsables du secteur de l’eau, depuis 2017 à ce jour et le mépris affiché par ces derniers envers la population de Bouzeguène, notamment lors des deux dernières réunions tenues, ajoutant à cela le stress hydrique que subit actuellement la population de Bouzeguène depuis le début de l’été, la coordination des comités de village (Aarch), réunie au centre culturel Mohand Oulhadj à Bouzeguène village, a pris la décision de rompre le dialogue avec tous les services concernés, cela jusqu’à satisfaction totale de nos doléances», ont écrit avec fermeté les comités des villages dans une déclaration rendue publique.

Béjaïa : Tarikt réclame aussi de l’eau !

Tarikt, cette sublime localité nichée à +800 mètres d’altitude, sur les hauteurs des ait Bouyssef, à une dizaine de kilomètres au sud-est de la commune de Melbou, dans la wilaya de Béjaïa, a aussi soif.

Pourtant, situé dans un endroit paradisiaque qui fait face à la mer méditerranée et au milieu d’une dense végétation, le village regorge de sources naturelles. Mais, ces habitants vivent dans des conditions très compliquées et loin du monde. Ils ne sont pas encore relié au réseau d’EAP. Ils attendent toujours le projet promis par les autorités locales. En 2016, ils ont procédé à la fermeture du siège de l’assemblée populaire communale (APC) de Melbou pour réclamer «de l’eau». En vain. Les promesses n’ont pas été tenues !

Fermeture du siège de l’APC de Melbou par les habitants de Tarikt en 2016.

Un autre scandale qui pose problème. Que font les responsables et pourquoi les projets ne sont pas réalisés ? Une région montagneuse pleine de sources souffre d’un manque d’eau potable ?

Fort heureusement que les habitants s’approvisionnaient d’une source très ancienne appelée «El Anser» depuis très longtemps. Située au coeur du village, cette source naturelle qui prend origine des montagnes de Bouhaloumene, ne peut plus alimenter la population, le débit étant trop faible.

La source El Anser a été aménagée par les habitants. Malheureusement son debit est trop faible

Pourtant, la région a bénéficié d’un projet d’AEP, inscrit sur le PCD 2006. Un réservoir d’eau, d’une capacité de 100 m3, a été réalisé en 2008 sur les hauteurs du bourg mais n’a jamais servi. Programmé qu’il soit alimenté à partir d’El Anser, les citoyens s’y sont opposés, refusant carrément que l’on touche à cette ancienne source.

En 2007, l’apc a réalisé un autre forage en bas du mont Msaâda (assif n Boulezazène). Mais celui-ci n’est toujours pas opérationnel pour des raisons que nous ignorons.

Outre cette région, à l’ouest de la wilaya de Béjaïa, les daïras d’Akbou et d’Ifri Ouzellaguen, qui ont pourtant des capacités hydriques illimitées, plusieurs quartiers et villages en sont dépourvus. Une problématique justifiée par les services de l’hydrolique de Béjaïa qui laissent dire que «certaines APC sont dépourvues de moyens techniques et de ressources financières suffisantes», a rapporté le journal local Liberté.

Et de rajouter : «la vétusté des canalisations, la répartition inéquitable des ressources hydriques, les pannes fréquentes dans les stations de pompage, l’absence d’une politique de rationalisation de cette ressource naturelle et de lutte contre le gaspillage, la multiplication des branchements illicites, les retards dans la réalisation des projets d’AEP et la réparation des fuites qui deviennent récurrentes…» sont entre autres les obstacles rencontrés par les services concernés.

Pire, face à cette grande souffrance, l’ADE de Béjaïa ne manque pas d’accuser des habitants de «branchements illicites», parfois à partir «des conduites de refoulement et en amont de châteaux d’eau».

M.O.

Ina Presse

Articles similaires

Laisser un commentaire

%%footer%%