Travail mémoriel : L’Algérie veut traiter dans le cadre d’un dialogue d’Etat à Etat

Travail mémoriel : L’Algérie veut traiter dans le cadre d’un dialogue d’Etat à Etat

La question de la mémoire coloniale refait surface en ce mois de mai, notamment à l’approche des événements du 08 mai 1945. Le président algérien du Conseil de la Nation, Salah Goudjil, a affirmé que celle-ci doit être traitée dans le cadre d’un dialogue d’Etat à Etat (Algérie et France), indépendamment des personnes, des groupes et autres cercles, nécessitant une lecture objective et non conjoncturelle de l’Histoire.

Lourd est ce dossier de la mémoire sur la colonisation, qui a toujours constitué une donnée importante dans les relations entre la France et l’Algérie. Son règlement équitable exige de « considérer l’Histoire à sa juste nature, c’est-à-dire un processus permanent qui ne saurait être compartimenté en des périodes tout comme ne pourrait l’être la période d’occupation coloniale de l’Algérie allant de 1830 au 5 Juillet 1962 », a indiqué  M. Goudjil.

En effet, pour rappel, le président français Emmanuel Macron avait mandaté en juillet 2020, l’historien Benjamin Stora, pour « dresser un état des lieux juste et précis » sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Cependant, le rapport de Stora remis au président Macron a été sévèrement critiqué.

Ce rapport s’est limité à la période 1954-1962 occultant plus de 125 ans d’avilissement du peuple algérien, de génocide, d’acculturation et de tentatives d’effacement de son identité. La période de colonisation est de 1830 à 1954″.

« Cela nécessite une lecture objective et non conjoncturelle de l’Histoire qui serait à même d’aider les deux pays à transcender les séquelles du passé douloureux », a-t-il estimé, ajoutant que le dossier doit être traité de « manière globale ».

« La colonisation est un crime contre l’humanité » : oui, mais il faut le dire sereinement !

Salah Goudjil, président du conseil de la nation en plein débat (photo aps)

Revenant aux déclarations du président français, M. Goudjil reconnait que Macron « a eu le courage de faire des pas importants dans la réconciliation des mémoires en disant que la colonisation était un crime contre l’humanité.

De plus, il a montré un esprit très réceptif et compréhensif, notamment par rapport à la requête algérienne en relation avec le rapatriement des crânes des résistants algériens contre la France coloniale ». « Seulement, il faut le dire sereinement, (…) le chemin est encore long pour arriver à une totale réconciliation des mémoires », a-t-il soutenu.

L’orateur revient aussi sur la question des essais nucléaires français effectués au Sahara algérien et qu’il qualifie de « criminels ». Ce qui impose à la France, « non seulement un devoir de reconnaissance et d’atténuation des conséquences sur les populations algériennes, mais aussi une obligation de réparation comme ça a été fait ailleurs » a souligné le ministre.

Et d’ajouter « ces essais constituent des séquelles flagrantes de la colonisation française de l’Algérie. Ils sont également une partie intégrante des questions de mémoire qui continueront à peser sur les relations entre l’Algérie et la France ».

Des dossiers qui méritent reconnaissance et exigent réparation

En somme, M. Goudjil a fait un résumé des dossiers importants, de 1830 à 1962″, qui devraient faire l’objet de reconnaissance et de « réparation ». A l’instar des autres crimes commis par le colonialisme, les essaies nucléaires « est l’un des dossiers qui méritent reconnaissance de qualité de crime de guerre et exige réparation ». Car « il ne s’agit pas d’une seule bataille pour un seul dossier, mais un travail global qui doit aboutir à qualifier tout le colonialisme de crime de guerre et de remettre en cause cette aberration relative aux bienfaits du colonialisme. Quels bienfaits ? », s’est-il interrogé.

En ce mois de mai, le président du Conseil de la Nation n’a pas manqué d’invoquer les massacres perpétrés par l’armée coloniale à Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai 1945. Il a qualifié ce crime d' »épisode tragique ayant marqué la politique génocidaire de la France coloniale en Algérie ».

L’Algérie, commémora ce samedi le 76 e anniversaire des massacres du 08 mai 1945. Une date qui reste gravée en lettres de sang versées par des dizaines de milliers de civils qui manifestaient pacifiquement et ont été tués dans des massacres horribles à travers plusieurs villes du pays », a-t-il noté en soulignant que cette « cruauté du colonialisme et ses violations des droits humains », n’a pas encore fait l’objet de reconnaissance.

La rédaction /aps

Ina Presse

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