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Berbères des îles Canaries : la population redécouvre ses ancêtres Guanches


La population des îles Canaries d’avant la conquête espagnole est l’héritière des Guanches, autochtones d’origine berbère. Elle redécouvre sa culture amazighe (berbère) en grande partie anéantie par cinq siècles de colonisation espagnole.

Lorsque les Espagnols, sous la bannière de la couronne de Castille, entreprirent à la fin du XVe siècle la conquête des Canaries, les îles étaient habitées par les Guanches, des tribus berbères originaires d’Afrique du Nord. Leurs habitants s’opposèrent fermement à l’invasion, mais ils furent vaincus par les Castillans en 1496. De nombreux survivants furent envoyés vers la Péninsule ibérique, tandis que ceux qui demeurèrent à Tenerife assimilèrent le mode de vie et la religion des conquérants. Le peuple canarien, résultat de la fusion des colons européens et de la population indigène berbère, se passionne aujourd’hui pour cette mémoire perdue.

L’apport de la génétique et de la linguistique

Grâce à l’histoire, à l’archéologie, l’ethnographie et la linguistique comparée, la berbérité des Canariens commence à sortir de l’ombre. On sait par les analyses génétiques et linguistiques que leurs ancêtres indigènes étaient à dominante berbère. Selon des études récentes, leurs génomes se rapprochent beaucoup des populations mozabites ou sahraouies. Cette composante génétique est encore très présente dans les populations actuelles des îles Canaries. Notamment chez les femmes, car les Espagnols étaient surtout représentés par le sexe masculin.

Les Guanches seraient arrivés entre le Ve siècle Av. J.-C. et le début de l’ère Chrétienne. Du fait qu’il n’existe pas de vestiges archéologiques de bateaux, on suppose qu’ils sont arrivés par phases successives avec des marins phéniciens et des galères romaines. Les dernières recherches montrent qu’ils ne possédaient aucune connaissance en matière de navigation, d’où l’idée qu’ils ont été déportés par les Romains, ce qui expliquerait également le peu d’échanges entre les différentes îles de l’archipel.

On sait également qu’ils ont apporté avec eux leurs animaux domestiques – chèvres, brebis, porcs, chiens – ainsi que du blé, des fèves et de l’orge. Ils vivaient principalement dans des grottes naturelles et se consacraient à l’agriculture et à l’élevage.

Redécouverte d’un passé oublié

Les Guanches sont donc les seuls Berbères à ne pas avoir été islamisés. Leur civilisation presque éradiquée par la conquista espagnole a toutefois laissé des traces et des vestiges mis à jour ces dernières décennies. On a notamment retrouvé gravés sur des roches des signes semblables à l’alphabet tifinagh, langue écrite berbère.

Après la conquête des Canaries, l’espagnol deviendra la langue officielle et dominante, mais les autochtones de l’archipel possédaient leur propre langue, connue sous le nom de berbère canarien. Le nom des villages, les prénoms, les coutumes ne s’expliquent pas sans la culture amazighe (berbère). Même si la langue a disparu, dans le dialecte espagnol canarien on continue à distinguer des mots d’origine berbère.

Aujourd’hui, les Canariens se passionnent pour cette mémoire oubliée. Un important travail de recherche a permis de rétablir cette identité culturelle. Si la langue amazighe est tombée dans l’oubli − les dernières références écrites de l’usage dans l’île de Tenerife remontent au XVIIe siècle –, elle aurait été parlée dans certaines communautés jusqu’au XIXe siècle.

Redécouvrir les racines 

Depuis quelques années, émerge une revendication de l’identité amazighe nourrie par une connaissance croissante de la culture préhispanique. Le site Izuran travaille pour diffuser cette connaissance et les dernières recherches et des associations culturelles s’activent pour maintenir vif l’héritage ancestral de la culture canarienne. Avec, par exemple, un renouveau des fêtes de villages anciennes, comme le Beñesmer, qui célèbre la récolte d’août.

Franceinfo

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