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France : la liberté d’expression à double sens


Récemment, la France s’est exprimée sur la liberté d’expression en Algérie à l’occasion d’une conférence de presse animée, par la porte-parole de son ministère français des Affaires étrangères. Celle-ci a affirmé que son pays “défend la liberté de la presse partout dans le monde”, indiquant que cette liberté est un droit fondamental qui doit être préservé. Pourtant La France n’est pas la championne de la liberté d’expression. L’expression « Faites ce que je vous dis et ne faites pas ce que je faits » est toujours de rigueur pour les nostalgiques du temps béni de la colonie. Elle date pourtant d’une époque très lointaine, car elle remonte à 65 après Jésus-Christ, et est issue d’un Évangile de saint Matthieu, mais elle est toujours d’actualité en France.

Le conseil subsiste de nos jours et la France nous le ressert, non pas sur un plateau d’argent, mais sur ses plateaux télé. C’est l’histoire de la censure d’une humoriste d’Europe 1 pour avoir préparé ( comme elle le fait habituellement) une chronique avec une vanne sur Eric Zemmour. Mais Une personne de la rédaction d’Europe 1 indique, à propos de la chronique de Christine Berrou, qu’il est “plus raisonnable” de retirer de sa chronique “cette allusion à Zemmour, ce qui provoqué la démission de cette chroniqueuse humoriste de cette station. Jugez vous-mêmes si ces propos qu’elle s’apprêtait à dire à l’antenne porteraient préjudice à ce protégé de l’antenne : “J’ai enregistré une chronique sur la fête des pères qui devait passer ce dimanche 20 juin 2021, et, qui imaginait un enseignant en classe, proposant aux élèves de préparer le traditionnel cadeau : “on va faire des colliers de nouilles ! Non, mon papa est allergique au gluten ! Bon alors on va faire des porte-clefs en cuir ! Non mon papa il est vegan, il ne porte pas de cuir ! Bon alors on va dessiner des bonhommes qui sourient ! Non mon papa c’est Eric Zemmour, il aime pas les gens heureux. »

”Liberté d’expression dites-vous ? Impossible dans ces conditions de rester en poste a estimé la chroniqueuse, qui évoque un glissement. “Je ne me voyais pas continuer à produire du contenu pour un média que je ne cautionne plus (…) Cette censure signifie qu’une personne dangereuse est en train de devenir intouchable, et je ne veux pas participer à ça”, détaille-t-elle assurant qu’un autre journaliste “a été convoqué par la direction pour un lancement envoyant une petite pique à Eric Zemmour”.

“Nous sommes tous des petits rouages de la liberté d’expression. Si l’un des rouages accepte ce type d’entrave, alors la censure devient une normalité (…) Quand j’y pense, c’est un comble : Zemmour ne cesse de se plaindre qu’on ne peut plus rien dire…mais là, c’est moi visiblement qui ne peut plus rien dire sur lui!”, ajoute Christine Berrou. « Cette censure signifie qu’une personne dangereuse est en train de devenir intouchable, et je ne veux pas participer à ça ». Christine Berrou n’a pas été surprise en apprenant qu’un journaliste avait été lui aussi convoqué par la direction de la radio pour un lancement qui contenait une pique envoyée au polémiste de CNews et qu’il valait donc mieux la jouer profil bas.

« Cette censure signifie qu’une personne dangereuse est en train de devenir intouchable, et je ne veux pas participer à ça », explique l’humoriste à nos confrères. La démission de l’humoriste, chroniqueuse dans la matinale du week-end et autrice pour l’émission quotidienne d’Anne Roumanoff, est un exemple de plus ajouté à la crise sociale que traverse Europe 1. Depuis vendredi, les salariés de la radio ont décidé de se mettre en grève pour protester contre la mise à pied d’un journaliste.

Lorsque l’on sait que Zemmour est un habitué des prétoires où il est accusé de propos injurieux et injures à caractère racial, et que l’on interdise à un humoriste qui pourtant utilise le second degré pour de « s’en prendre » à cet énergumène, on se dit : où commence et où s’arrête la liberté d’expression en France.

Un individu qui use de l’insulte et de l’injure contre des invités sur un plateau de télé ne choque pas la chaîne qui l’emploie puisqu’il fait de l’audimat. Souvenez-vous cette émission « Salut les terriens », de septembre 2018. Ce jour-là, Éric Zemmour est invité par l’animateur à réagir au prénom donné par Rachida Dati à sa fille, Zohra. Le polémiste déclare (à tort) que les prénoms doivent « normalement » être piochés dans la liste des saints chrétiens du calendrier. Ce jour là, il s’en est pris à la chroniqueuse d’origine française, née en France mais d’un père sénégalais et d’une mère mauritanienne, Hapsatou Sy, à propos de son prénom. « Votre prénom est une insulte pour la France » lui a-t-il dit. La France n’est pas une terre vierge. C’est une terre avec une histoire, avec un passé. Et les prénoms incarnent l’histoire de la France. » « Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi. Corinne, cela vous irait très bien », ajouta le polémiste.

« La chroniqueuse avait déposé plainte avec constitution de partie civile pour provocation à la discrimination et à la haine en raison de son origine. Mais Zemmour sévit toujours. « Là où la liberté d’expression n’a pas sa place, je n’ai pas ma place non plus ». C’est ainsi que s’est exprimé la chroniqueuse avant de démissionner d’Europe 1.

Par Youcef Dris (écrivain)

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